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"Il m’arrive de ne plus très bien savoir où j’en suis. J’ai peur de poser le pied devant moi, peur du monde et peur de la solitude. Il me semble parfois ne plus vivre que dans la suite de moi-même. Aurais-je mis le bout du pied sur cette «herbe d’oubli» dont il est question dans les vieux contes bretons, une herbe que les méchants s’en vont cueillir au clair de lune la nuit de la Saint-Jean, et qu’ils répandent sous les pas de qui ils veulent perdre? Le malheureux voyageur rentrant chez lui à la nuit tombée, impatient de retrouver tout son monde, pose, sans le savoir, le pied sur cette herbe maléfique et perd aussitôt son chemin." Méditation d’Oriane (stylo à encre noire) : Le journal intime… Quelle peut-être aujourd’hui la signification du journal intime? Il y eut les Confessions de Jean-Jacques Rousseau marquant l’apparition de la singularité individuelle sur la scène littéraire; il y eut, parmi d’autres, les Mémoires d’Outre-Tombe, posant comme littérature la solennité officielle; il y eut Choses vues de Victor Hugo ou Je me souviens de Georges Perec qui, dans des registres proches quoique différents, essayaient de relier la mémoire individuelle à la mémoire collective; il y eut, il y a, des tombereaux de nombrilism : «admirez ce que j’ai fait et les relations que j’ai eues»; il y a l’approche comptable de Catherine Millet : «j’ai sucé tant de bites et me suis faite enculer tant de fois…»… Comment cela peut-il continuer encore? En quoi un destin singulier, y compris dans sa banalité même, est susceptible d’intéresser une partie au moins de l’humanité? J’ai choisi de m’effacer derrière mes lectures même si, j’en suis persuadée, j’aurais des choses intéressantes à raconter. JPB et MH occupent déjà une partie du terrain.
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